Approche artistique

L’enjeu dans cette aventure artistique, fut de mettre en scène un texte essentiellement basé sur une relation épistolaire entre deux personnages.

Face à la distance géographique, face au rideau de fer qui les sépare l’une de l’autre et les place dans deux mondes opposés, face à cette impossibilité pour elle de se voir, de se parler et malgré l’omniprésence de la sécuritate, les deux sœurs s’écrivent envers et contre tout. Rien ne peut empêcher les cœurs et les esprits, en dépit du chaos politique, de se rejoindre et de s‘aimer. L’écriture retrouve ici sa fonction essentielle, elle libère les âmes et soulage les esprits.

Seules face à elles-mêmes et face à la vie, ces deux solitudes vont confronter leur vécu au jour le jour, créant un dialogue à distance, où même le silence prolongé d’Alexandra sur plusieurs années prend part à cet échange vivant. Au fil des jours, des mois, des années, les deux jeunes femmes partagent dans leurs lettres, leurs révoltes, leurs douleurs, leurs interrogations mais aussi leurs délires, leurs joies et leur profonde tendresse l’une pour l’autre.

La correspondance entre les deux sœurs n’empêche pas l’action dramatique d’opérer et de progresser. Aussi la mise en espace consista à mêler les deux univers sur le plateau pour mieux les distinguer par l’interprétation des actrices. Dans les cœurs et les esprits, il n’y a pas de camps, pas de frontières. Le plateau devient l’unique socle du lien affectif, indéfectible et immuable, unissant les deux personnages. L’unité d’espace scénique donne à la pièce un aspect poétique et onirique, en lui donnant son énergie et sa fraîcheur.

A contrario si les deux personnages s’aiment de la même façon malgré le mur qui les sépare, elles suivent ou subissent, chacune dans leur contexte social et politique, l’évolution des mœurs et des modes. En effet, si il n’y a pas de camps, il y a bien, en toile de fond de leur correspondance, deux mondes qui s’affrontent tout en s’ignorant.